Gilles P E R R I E R E

Gilles P E R R I E R E

mai 01, 2013

FINITUDE

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© Gilles Perriere, 2013

Fin de l’histoire. Le vacarme des voix et de la vaisselle cassée, des insultes peut-être, et des menaces dérisoires qu’on pourrait imaginer dans un théâtre de la colère ne sont rien à côté de la violence du silence. Quand les mots inutiles ne seraient que des aveux d’impuissance devant l’inéluctable. Pouvoir exprimer cela en une image, qui plus est : de mode… Cet équilibre précaire, ou plutôt cette immobilité d’avant la séparation et qui est déjà la séparation : elle détourne le regard, elle semble lasse, et n’existe que dans le mouvement pour l’instant figé qui l’éloignera de lui. Lui, il la regarde, c’est une supplique, la dernière, drame muet. Sa main qui enserre son bras, il la relâchera, la laissera glisser en une ultime caresse. Alors, elle pourra partir. Hurricane Lovers. Fin de l’histoire.

avril 25, 2013

DES MAINS

Encore les mains… ces appendices incroyables au bout des bras. La grâce, l’envol, le lyrisme ou la pureté de l’ascèse pour certaines, et la lourdeur injurieuse de battoirs pour d’autres. Ces mains qu’on oublie si volontiers, surtout dans les photographies de mode. Et qui méritent tout de même un peu de cette attention créative pour servir le grand dessein de l’élégance. Sans tomber dans le piège de l’affectation. Les mains nous content des histoires. Elles équilibrent peut-être la composition, elles agrémentent la ligne du vêtement, mais surtout, elles renvoient à de sibyllines indications. Témoignant par là, que la longue et antique pratique de l’art ne se fait pas sans transmission. Dans les portraits peints par le Titien, la masse sombre et épaisse des costumes abolit souvent le corps, au profit du triangle lumineux formé par le visage et les mains, seuls éléments de la personne offerts à la vue. Et si d’aventure, l’une des mains est gantée, c’est pour mieux jouer avec les plis souples et peut-être suggérer, sous la forme morte du cuir, l’énergie et le délié des doigts vivants.

avril 16, 2013

LES AMANTS DE L’OURAGAN

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© Gilles Perriere, 2013.

Get out of town, la voix de Melody Gardot, égraine lentement les mots, les images. Les personnages se dessinent devant moi, Lui, Elle. D’autant que le casting est bouclé. J’imagine une histoire pour eux… à l’abri de la ville, un couple d’amants dans une chambre. Recherchés, pourchassés, condamnés, en cavale. Les amants de l’ouragan. Peu importe s’il a vécu plus d’automnes qu’elle, peut importe si elle joue à l’amour qu’elle ne comprend pas encore. Ne pas avoir d’avenir, c’est avoir le même âge, c’est se vêtir du même rêve. Et puis, ça finit mal, comme dans les vieux films noirs. Comme dans la vie, pourrait-on dire. Melody fredonne et achève la ballade dans un soupir comme une caresse. Rien de plus pour construire demain une série avec la collection italienne de Virginie Connan.

avril 07, 2013

HAUNTED

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© Gilles Perriere, 2013

La nouvelle série hantée par Lady Rachel Emma Marston, Laura Ziedone et David Ravet, pour la collection de Meral Akrour 2013, avec les somptueuses parures d’Angèle Kara. Monica Bibalou signait la mise en beauté tandis que Kevin Rajsavong sculptait les chevelures. Une variation sur le thème du purgatoire, ou la journée d’un faune tourmenté par des érinyes. Suite du cycle Legends, qui se poursuivra prochainement avec un autre opus inspiré de À bout de souffle et Pierrot le fou.

mars 30, 2013

BONHEUR

Toujours ce froid qui s’insinue sous les couches de vêtements, la buée des respirations jusque dans les couloirs du métro. Quelques flocons perdus qui s’aventurent encore à se détacher du ciel gris pour trouver une fin sans gloire sur des trottoirs sales. Un temps accordé aux gueules maussades des passants et autres lécheurs de vitrines en bernes. On lèche mais on n’entre pas. La consommation, cette mystique tenant lieu d’intelligence à tout un siècle, devient petit à petit une vue de l’esprit. On attend. Quoi ? Nul ne peut le dire, mais on attend. Et le mythe de l’entreprise, tel une nef gothique emplie de millions d’anonymes stagiaires corvéables à merci, sert encore la grande messe du bonheur ultra libéral. Qui a déclaré il y a treize ans que l’histoire était finie puisque l’humanité entrait dans son âge d’or ? Il serait par conséquent seyant que cet hiver durât quelques années. Après tout, ce temps gris et froid n’est-il pas le parfait écrin que nous méritons ?

février 27, 2013

VAN DICK

Période de gestation dédiée à l’étude, aux repérages, au questionnement, sur fond hivernal de neige fondue et de brumes. Avec en sourdine, au piano, Rubinstein qui dévide la chaconne de Bach, tandis que la buée givrée dessine des arabesques compliquées sur les vitres.

Un temps à écouter aussi Jacqueline du Pré en se plantant devant les portraits de Van Dick. Son obsession des mains. Des mains de princes et de princesses  aux doigts fuselés comme on en trouve rarement. Je remarque la persistance d’une position dévolue à la main gauche, pendante au bout du bras, l’index pointé vers le sol. Pour Marie-Louise de Tassis en 1629, Louis et Rupert princes du Palatinat en 1632, Cesare Alessandro Scaglia en 1634, Henriette de Lorraine en 1634, et d’autres encore. Dans la symbolique sans âge des Tarots, ce doigt pointé vers le bas peut se référer à la réalisation des desseins matériels, à la domination terrestre, au pouvoir… Mais par un jour aussi gris, le reflet de ces grands personnages aujourd’hui disparus, nous dit peut-être : ” n’oublie pas le trou de six pieds sous terre qui t’attend “…

décembre 01, 2012

ANGEL DUST

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© Gilles Perriere, 2012

Elle franchira le porche et traversera la vieille cour pavée sur ses hauts talons. La rampe d’escalier en bois est joliment incrustée de marqueterie. Les murs sales, la peinture écaillée racontent une vieille histoire d’ombres laborieuses dévouées au travail incessant et obscur. Il lui ouvrira la porte de l’atelier, sanglé dans son costume italien. Modeste atelier où il officie en maître de l’étoffe. Pour un essayage, pour la complicité, pour la conversation légère de la muse, pour l’inspiration.

Angel Dust, nouvel opus du cycle Legends, mon prochain shooting avec Anna Therese Pembroke et Etienne Garcia, pour les prototypes de la nouvelle collection 2013 de Meral Akrour.

novembre 07, 2012

HEAVEN SO FAR

© Gilles Perriere, 2012

L’histoire d’une tentation. Ce qui finit, ce qui commence. Cette nouvelle série introduit le cycle Legends, ainsi qu’un retour à la photographie de groupes dont la dynamique offre de plus riches possibilités de nuances. Heaven so Far.

octobre 14, 2012

La lumière cédait à l’obscurité, l’été à l’hiver, les murs de pierre aux ravages du temps, les falaises au déchaînement des vagues.

MARTHA GRIMES

octobre 13, 2012

PLUIE SUR LA VILLE

La pluie, le froid, deux défis à relever pour l’avant dernier shooting en extérieur de la saison. Mais comme il s’agit d’une histoire automnale et que la lumière affaiblie de ce jour me semble parfaite, tout ira pour le mieux.

Le plafond nuageux est plus haut que prévu et le froid nous évitera de recevoir des trombes d’eau. Je préfère le froid, d’autant que le stylisme comporte lainages et manteaux. Le seul changement notable : le décor repéré initialement pour le shooting n’offre pas d’abri suffisant au cas où le ciel nous tomberait sur la tête… Les lieux changent et induisent une autre histoire.

Cette future série n’a pas encore de nom, mais celui du modèle est bel et bien : Winter.